Itinéraires joailliers

04 juin 2021

La boutique Georges Fouquet au musée Carnavalet

Le musée Carnavalet a rouvert ses portes après plus de 4 ans de travaux. Courrez-y pour visiter la boutique du joaillier Georges Fouquet conçue par l’artiste Mucha : reconstituée à partir d’éléments originaux, elle est considérée comme l’un des plus beaux manifestes de l’Art nouveau.

Texte et photos (exceptées les dessins d’archives) par Sandrine Merle.

 

 

La collaboration entre Georges Fouquet et Mucha, alors la coqueluche de Paris, a commencé grâce à Sarah Bernhardt. En 1899, elle entre chez le joaillier avec le dessin d’un bracelet serpent du célèbre artiste Tchèque. Séduit par le style de Mucha, Fouquet lui demande de dessiner les bijoux pour l’Exposition Universelle de 1900 : les premiers bijoux d’artiste, casque d’où s’échappe des chaînes, parure de corsage à épaulières, bracelet relié à une bague. Ils font sensation sans échapper à la critique qui les jugent « étranges » et « d’une richesse bizarre ». Cette collaboration est courte, 2 ans, mais elle va moderniser le style de la maison (menée jusqu’alors par le père, Alphonse) et lui assurer une renommée internationale.

 

Mucha et les bijoux Art nouveau

 

La boutique Georges Fouquet

Porté par ce succès, Fouquet demande à Mucha de concevoir sa nouvelle boutique du 6 rue Royale, en face de Maxim’s. Elle doit évoquer le style des bijoux et impressionner sa riche clientèle. C’est une première pour un artiste : Mucha imagine tout, de A à Z, des poignées de portes aux vitrines en passant par les tapis. Il donne la pleine mesure de son talent sans craindre l’excès et la démesure. Sur la façade, sous le G.Fouquet, une femme en bronze de près de 3 mètres accueille les visiteurs, drapée dans ses voiles, la chevelure ondoyante avec des bijoux à la main.

 

La fusion entre les arts

À l’intérieur, c’est la quintessence du style Art nouveau… parfois un peu étouffante. On se sent comme dans une capsule tapissée de bois, de bronze, de verre. La luxuriance de la végétation avec des plantes grimpantes et rampantes, l’or byzantin, l’exotisme des influences japonisantes, la sensualité d’une femme, regard baissé, enroulée sur elle-même et dans sa chevelure. Au fond, derrière le comptoir en bois, se trouvent deux magnifiques paons sculptés dont l’un d’eux faisant la roue devant un vitrail rétroéclairé. Une magnifique mosaïque d’inspiration antique et la cheminée en forme de coquillage ont, elles, été refaites à l’identique car elles avaient disparu.

 

En 1923, la mode de l’Art nouveau est finie. Georges Fouquet entre dans sa période Art déco et fait démonter la boutique tout en conservant les éléments qu’il lègue au Musée des Arts Décoratifs entre 1936 et 1953 avec les dessins préparatoires. Ils sont restés très longtemps en réserve avant d’être finalement rassemblés, comme un puzzle en 1989 au musée Carnavalet. On s’y croirait.

 

 

 

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