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25 octobre 2023

La revanche des perles de culture ?

Depuis 8 mois, le prix des perles de culture (à distinguer des perles naturelles ou fines) flambe. Exploration d’un phénomène aussi soudain qu’inédit.

Par Sandrine Merle.

 

 

En octobre dernier, chez Sotheby’s, trois colliers en perles de culture ont dépassé leur estimation : plus que surprenant pour Magali Teisseire directrice du département joaillerie qui n’en acceptait quasiment plus aucun dans ses ventes, faute d’amateur. Le collier estimé 5-7 000 euros a même atteint 16 500 euros grâce à un acheteur Chinois. Au même moment, à la grande foire de Hong Kong, Céline Rose David (experte de la maison Million Belgique) s’étonnait de l’extension phénoménale de l’espace dédié aux perles.

 

L’Asie un marché historique

« Historiquement, l’Asie est le premier marché pour les perles de culture car c’est au Japon que la technique a été mise au point dans les années 20, rappelle Christine Seitz représentante de la  troisième génération de la maison de négoce Porchet. Il a toujours existé un décalage avec l’Europe et surtout avec la France où la mémoire collective associe perle et traditionnel collier en chute. » Malgré tout, en Asie, l’ampleur de cet engouement s’avère inédite. « Du jamais vu de mémoire de négociant : depuis mars, les prix bondissent de +30% chaque trimestre, explique Pierre Boite (Paris). Il faut dorénavant compter plus de 1 000 euros pour une belle perle blanche de 12mm, bien ronde et sans spot. »

 

« Marchands de perles », une saga commerciale

 

Chronique d’un phénomène

Les acheteurs chinois ont fait la razzia sur les perles d’Australie (gold ou blanches) et les Akoya (blanches) du Japon. Ce sont les plus belles, les plus prisées en haute joaillerie. Maintenant ils se ruent sur les Tahiti (allant du gris clair au noir) réservées à une joaillerie plus accessible. « Les prix atteignent des sommets : en 8 mois, un diamètre de 8-9mm (communément utilisé pour les boucles d’oreilles) a triplé », constate Christine Seitz. Ils raflent absolument tout et sans se soucier de la qualité. « La veille de sa vente aux enchères, un producteur de Tahiti a tout annulé après qu’un acheteur chinois ait déboursé 6 millions pour la totalité des lots dont le prix de réserve était de 3 millions », raconte Pierre Boite.

 

Le dérèglement du marché

Il tient à l’augmentation de la demande. La fièvre acheteuse, après 3 ans de confinement, n’explique pas tout. « Le phénomène a été déclenché par l’apparition de stars des réseaux sociaux (WeChat et The Little Red Book) portant un collier de perles », estime Brenda Kang à la tête de Revival, magasin de bijoux vintage à Singapour. À la foire de Hong Kong, des influenceuses ont vendu des perles à leurs followers, en direct via leur smartphone. Ce dérèglement tient aussi à une crise de la production. « Pendant 3 ans, le confinement a empêché les greffeurs Chinois de se rendre sur l’île, ils ont été remplacés par les locaux qui n’ont pas la même dextérité dans ce processus (consistant à introduire un noyau dans l’huître pour déclencher la production de nacre) », explique Pierre Boite. Avec pour conséquence directe, une raréfaction des perles de qualité. La crainte de la contamination des perles Akoya par les eaux polluées de Fukushima déversées dans la mer, plane aussi…

 

Le marché de la perle de culture est complètement déréglé et personne ne sait comment il évoluera.

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